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Philippines: il pédale contre la «guerre des drogues»

Un prêtre philippin parcourt actuellement 1500 kilomètres à vélo, à partir de Manille, pour protester contre la politique du président Duterte.

Le président Rodrigo Duterte en avait fait l’une de ses promesses de campagne: il allait lutter efficacement, violemment, contre le fléau des drogues aux Philippines. Avec son style outrancier caractéristique, il promettait, lors de la campagne présidentielle l’amnistie à tous les policiers qui auraient tué un dealer. Il envisageait d’abattre jusqu’à 100 000 trafiquants et toxicomanes présumés, et affirmait que « les poissons de la baie de Manille (iraient) s’engraisser sur les cadavres ». Des propos qui ont valu à Rodrigo Duterte le surnom de « Dirty Harry« , du nom de l’inspecteur sans scrupule joué par Clint Eastwood dans le film éponyme.

Dans l’archipel, où le trafic de drogues est un fléau national, Rodrigo Duterte et sa position virile a fait mouche. Les Philippins l’ont suivi, et le désormais président continue à jouir d’une popularité exceptionnelle, deux ans après son élection. Mais l’Église catholique joue les troubles fêtes, en rappelant d’une part que l’on ne peut pas suspendre l’État de droit, et d’autre part que la «guerre des drogues» n’est pas aussi efficace que les autorités le prétendent, malgré son coût exorbitant.

Un prêtre en particulier, le père Amado Picardal pédale à contre-courant. Il est parti en vélo le 14 mars de Manille et parcourra 1 500 kilomètres, jusqu’à Pâques. Il diffuse son message à chaque arrêt : « Il faut que la guerre contre les drogues cesse ». Jusqu’à présent, l’Observatoire des droits de l’homme estime qu’elle a déjà provoqué la mort de 12 000 personnes, l’Église avance le chiffre de 16 000 tués, alors que les autorités affirment qu’il n’y a pas eu plus de 3000 morts.

Le père Picardal demande aux catholiques, qui représentent 80% de la population, de ne pas s’abandonner à la solution de la violence prônée par le gouvernement. Tuer les dealers ne résoudra pas le problème, explique-t-il. Ce sont le plus souvent les pauvres qui font les frais de la violence, et elle aggrave les maux de cette population déjà éprouvée. « Tuer une personne, c’est en toucher six autres », rappelle le prêtre, qui craint que les meurtres d’aujourd’hui ne nourrissent les conflits du lendemain. Contre la simplicité du raisonnement populaire « plus de dealer, plus de problème », il en appelle à l’intelligence de ses compatriotes. Il brandit des photos, qu’il prend lui-même, de ces morts, souvent de petits consommateurs, et dont certains ne sont pas majeurs.

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