Global Council for Tolerance and Peace

Les nouveaux-nés sans-papiers: Jusqu’ à quand le silence?

Par: Larissa Abou Harb

Larissa Abou Harb

Le voilà en train de frémir. Je ne sais pas s’il a faim, froid ou peur. A-t-il faim d’amour ou de nourriture ? Est-il glacé du froid ou de l’insensibilité des cœurs ? A-t-il cette peur de la vie qu’aurait n’importe quel individu quand il s’y lance pour la première fois ou il y’a autre chose qui le tourmente ? Je ne sais pas ! Tout ce que je peux dire en voyant sa photo c’est que sa situation corporelle est troublante…Tout ce que je sais c’est que ma société fière d’elle-même, refusant l’appellation « en voie de développement » et qui s’en vante tous les jours emploie quand même un terme horrible pour désigner les nouveaux nés sans papiers : bâtards. Vous comprenez maintenant pourquoi nous naissons ainsi égarés dans notre dur monde oriental?

Depuis peu, une photo d’un bébé inconnu palestinien ou tunisien (on ne sait pas) a été partagée sur les réseaux sociaux et qui s’est vu attribué depuis sa naissance d’un surnom très difficile à porter de bâtard ou enfant illégal ou sans papiers c’est-à-dire que l’enfant n’est pas le fruit d’une union entre deux personnes et qu’il a été privé de tout avant même qu’il puisse manger, marcher ou même parler. Pour une erreur commise par deux personnes, que ce soit volontaire ou pas, on condamne une tierce personne innocente qui ne les a pas obligés à le faire, et je sais très bien que si elle savait où tout cela allait mener elle les aurait suppliés à genoux pour l’avorter.

Je m’excuse auprès des lecteurs mais le silence commence à faire mal, alors désolée pour la dureté de mes mots!

L’enfant sans papier n’existe pas légalement. En d’autres termes cet enfant ne peut pas aller normalement à l’école ou à l’université, il ne peut aller à l’hôpital qu’après avoir appelé et supplié des milliers de personnes. Il est interdit pour lui de travailler et parfois même les plus simples droits civiques lui sont interdits comme voter. Ajouté à tout cela les répercussions psychologiques malsaines auxquelles est confronté l’enfant, qu’il soit garçon ou fille, à chaque fois qu’il réclame un papier officiel de l’Etat et qu’il y voit la mention « illégal ».

Beaucoup de raisons poussent les parents à ne pas inscrire leurs enfants alors que le résultat est le même : les parents font des erreurs et les enfants en payent le prix fort. Il est probable et courant chez les parents vivant à l’étranger d’oublier par inadvertance d’inscrire les enfants chez les autorités. Et il arrive que, à cause du manque de sensibilisation sur ce sujet et surtout dans les endroits reculés, les deux mariés n’aient pas à inscrire les enfants. Et dans un autre cas de figure, les choses deviennent plus compliquées, quand l’inscription du bébé se transforme en une balle de Ping pong que s’échangent les parents à cause de leurs querelles, ainsi le père refuse d’inscrire son enfant pour se venger de la mère ou alors pour nier le fait d’avoir eu une relation avec elle pour x raison. Et une fois de plus, l’enfant est la seule victime.

Malheureusement au Liban seulement, 80 000 sans-papiers sont nés, ajoutés à cela 31 000 syriens qui n’ont même pas reçu les papiers de leur pays mère. Malgré les efforts de l’ex premier ministre des affaires sociales Rashid Derbas, merci à lui, en annonçant le jour du 25 février de chaque année comme « journée des sans-papiers » et du ministre actuel Pierre Bou Assi en répétant son envie et son soutien à résoudre le problème, le chemin à parcourir reste long, surtout si les partis concernés ne travaillent pas de manière commune : c’est-à-dire les ministères de la Justice et de l’Intérieur.

A partir de là, on adresse un fervent message à tous ceux qui attendent impatiemment un heureux évènement : s’il vous plait inscrivez vos enfants auprès des autorités ! Tout ce que vous avez à faire c’est de vous diriger vers la mairie la plus proche et effectuer les démarches officielles nécessaires, c’est-à-dire : inscrire l’enfant sur les registres d’état civil afin d’établir son acte de naissance. Ce dernier est obtenu au préalable par le médecin. Et si vous vivez à l’étranger, vous devez vous rendre au consulat libanais et y faire ce qui est nécessaire.

Finalement, quelle honte au 21ème siècle de priver une personne en devenir de jouir de ses droits les plus basiques. Quelle honte de se taire comme si de rien n’était tant que nous ne sommes pas concernés. Alors prenons les choses en main et mettons la lumière sur ce sujet… Alors réclamons les droits de nos amis et de nos frères dans l’humanité. Ne gardez pas silence… à l’abri du bruit des vagues ronronnent les secrets de la nonchalance!

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